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Halte au tout digital


On ne compte plus les initiatives destinées à faire baisser le coût du transport aérien sans douleur pour les professionnels du secteur. Et pourtant ce sont bien eux les premiers impactés ainsi que les clients, bien entendu. Les premiers, les salariés jugés facilement remplaçables, je parle des personnels au sol sont une cible facile pour les chasseurs de coûts.

Chaque fois que l’on peut les remplacer par un outil informatique il n’y a aucune hésitation. Pour le moment, les personnels navigants ne sont pas touchés car la règle d’un steward ou hôtesse pour 50 sièges est encore respectée et il y a peu de chances pour que cela change et enlever une partie de l’équipage dans le cockpit des avions n’est pas pour demain alors qu’on sait piloter les appareils depuis le sol et qu’en théorie, on pourrait s’en passer.

C’est ainsi que le tout digital est en train de s’imposer avec certains effets positifs, mais également la création de nouvelles difficultés.

Je me demande d’ailleurs toujours pourquoi cette activité si délicate, si complexe, et au fond si merveilleuse, est à la recherche d’une baisse constante des coûts de manière à augmenter le nombre de passagers pour compenser le manque de recette lié à des tarifs sans cesse plus bas.

Cela est d’autant plus étrange que plus il se développe, plus le transport aérien est attaqué pour sa contribution à la pollution mondiale, alors qu’il n’y a toujours pas de saut technologique radical pour atteindre la neutralité carbone.
La dernière innovation en date est l’équipement des cabines de deux étages de sièges ou de sièges à deux étages, comme on voudra.

Ainsi on pourrait encore densifier les coefficients de remplissage.

Le premier effet de cette digitalisation à outrance est la disparition des personnels dans les aérogares, remplacés par soit des outils informatiques liés aux smartphones, soit par des bornes auxquelles est difficile de parler et pour les derniers sujets la mise à disposition des téléphones là où il y avait des comptoirs et des agents auxquels les passagers pouvaient d’adresser.

Certes je n’oublie pas que ces nouveaux outils peuvent avoir du bon.

La sortie des cartes d’embarquement sans passer par un comptoir d’enregistrement est très certainement un progrès unanimement apprécié.

Les systèmes de recherche des bagages perdus sont de plus en plus performants.

Les analyses plus fines des opérations et des programmes d’exploitation permettent de très substantielles économies de carburant.

L’arrivée en force de l’Intelligence Artificielle sera très utile pour l’ensemble du transport aérien, depuis le fabrication des appareils jusqu’aux règles de leur entretien.

Bref, il ne faut surtout pas nier le progrès.

Mais par contre, j’ai la très forte impression que dans toute cette évolution on a oublié une part importante du transport aérien, les clients de plus de 65 ans, retraités qui ont, au moins dans la plupart des pays occidentaux des moyens financiers importants et beaucoup de temps libre qu’ils utilisent pour visiter le monde.

Or cette tranche de clientèle subit en fait les nouveaux dispositifs digitaux qui gouvernent le transport aérien sans pour autant les maîtriser, parfois d’ailleurs ils n’ont pas le nécessaire IPhone, ni même d’ordinateur et Internet leur reste étranger.

Cela est une source considérable de frustration, surtout lorsqu’on se trouve dans un environnement aéroportuaire où il n’y a personne à qui s’adresser.

Tous ne sont pas accompagnés par un proche plus jeune parfaitement apte à maîtriser ces nouveaux outils.

Loin de moi l’idée qu’il faudrait revenir en arrière. D’abord ce n’est pas possible et ce ne serait certainement pas sain à tous égards.

Mais je plaide pour le retour dans l’ensemble de l’environnement du transport aérien des agents dont la disparition progressive me désole.

Remplacer une borne électronique ou un téléphone auquel souvent seule une machine répond par une personne avec laquelle on peut dialoguer, voilà qui serait un vrai progrès, amènerait à la fois un confort apprécié et enlèverait un stress préjudiciable à l’appréciation de ce magnifique moyen de transport.

On me rétorquera que cela coûte de l’argent. C’est probable, mais est-ce que la course folle au coûts les plus bas pour justifier des tarifs en baisse permanente qui ne permettent plus de rémunérer convenablement les personnels et de rétribuer comme cela devrait être normal, les agents de voyages est bien raisonnable ?

Dans notre monde un peu brutal, essayons de garder un peu d’humanité et si le transport aérien peut montrer l’exemple, il n’en sera que plus accepté y compris par ceux qui y voient un ennemi.

Jean-Louis Baroux





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